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La Nuit Tresor Rouge Drama

La Nuit Tresor Rouge Drama, Lancôme

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La Nuit Trésor Rouge Drama : L'hyperbole comme principe créatif

Il existe dans l'histoire de la parfumerie deux écoles diamétralement opposées : celle de la retenue élégante qui cultive l'understatement et préfère murmurer plutôt que déclamer, et celle de l'exubérance décomplexée qui assume la surenchère, revendique l'excès, célèbre l'outrance comme principe esthétique. « La Nuit Trésor Rouge Drama », lancé par Lancôme en décembre 2025, appartient résolument à cette seconde catégorie. Dès son nom, le parfum affiche sans ambiguïté son intention : ce ne sera pas une romance timide ni un amour sage, mais un drame passionnel digne d'une tragédie théâtrale, avec sa part de folie, de démesure et d'absolu.

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Car le mot « drama » ne signifie pas ici quelque chose de négatif ou de conflictuel – on ne parle pas du drama des réseaux sociaux ni des disputes quotidiennes. Il s'agit plutôt du drame au sens théâtral et artistique du terme : cette intensité émotionnelle qui fait battre les cœurs dans les salles obscures, ces passions shakespeariennes qui dévorent les protagonistes, cet amour-passion à la Tristan et Iseult qui ne connaît ni la raison ni la modération. Lancôme assume pleinement cette dimension hyperbolique en multipliant les superlatifs dans sa communication : « notre parfum le plus délicieux », « le plus intense de la collection », « l'amour dans ses plus grandes profondeurs et ses plus impressionnantes sommets ». Cette accumulation de formules ampoulées pourrait frôler le ridicule si elle n'était pas assumée avec une telle conviction, portée par un jus qui tient effectivement ses promesses d'intensité sensorielle.

Le rouge des Salles Rouges du Louvre : une couleur chargée d'histoire

L'inspiration officielle de « Rouge Drama » puise dans un lieu très précis et hautement symbolique : les Salles Rouges du Musée du Louvre. Ces espaces spectaculaires, recouverts de velours cramoisi du sol au plafond, constituent l'écrin des collections de peintures italiennes et espagnoles – Titien, Véronèse, Le Caravage, Velázquez. Ce choix chromatique radical, qui pourrait sembler excessif dans n'importe quel autre contexte, trouve ici sa justification dans l'histoire de la muséographie : au XIXe siècle, le rouge sombre était considéré comme la couleur idéale pour mettre en valeur l'or des cadres et les couleurs des tableaux de maîtres, créant un contraste dramatique qui magnifie les œuvres exposées.

En s'inspirant de ces Salles Rouges, Lancôme ne se contente pas d'emprunter une teinte : la marque convoque tout un imaginaire culturel. Le rouge du Louvre est celui de la royauté et du pouvoir (pensons aux tentures des palais, aux tapis d'apparat, aux velours des trônes), mais aussi celui de la passion et du sang (pensons aux draperies des tableaux religieux montrant le martyre des saints, aux manteaux écarlates des personnages bibliques). C'est un rouge qui ne craint pas la grandiloquence, qui assume sa charge émotionnelle et historique, qui refuse la discrétion au profit de l'affirmation théâtrale.

Drama versus dramatique : la nuance lexicale qui change tout

Lancôme utilise le terme anglais « drama » plutôt que le mot français « drame », et cette nuance linguistique mérite qu'on s'y attarde. En français, « dramatique » possède souvent une connotation négative – on parle d'une situation dramatique pour évoquer quelque chose de grave, de tragique, de potentiellement catastrophique. En revanche, « drama » dans l'anglais contemporain (surtout dans le vocabulaire de la culture pop et des réseaux sociaux) désigne plutôt l'intensité émotionnelle, le spectaculaire, l'exagération assumée sans nécessairement de connotation tragique.

Cette dimension de « drama » comme performance émotionnelle amplifiée se retrouve particulièrement dans l'univers de la mode et du maquillage : on parle de « dramatic eyes » pour un regard charbonneux intense, de « drama queen » pour quelqu'un qui théâtralise ses émotions, de « bringing the drama » pour désigner une attitude spectaculaire et assumée. « La Nuit Trésor Rouge Drama » s'inscrit dans cette esthétique du trop-plein émotionnel revendiqué : il ne s'agit pas de vivre une tragédie mais de vivre l'amour comme une scène théâtrale où chaque émotion est amplifiée, magnifiée, portée à son paroxysme expressif.

Décennie de désir : l'évolution d'une lignée gourmande-aphrodisiaque

Pour comprendre pleinement « Rouge Drama », il faut d'abord replonger dans la genèse de « La Nuit Trésor », parfum originel lancé en 2015 qui inaugurait une nouvelle ère pour Lancôme. Cette création signée par le duo Christophe Raynaud et Amandine Clerc-Marie se présentait comme le « premier gourmand aphrodisiaque de l'histoire de la parfumerie » – formule marketing audacieuse qui annonçait l'ambition de réconcilier gourmandise sucrée et sensualité érotique, deux registres que la parfumerie classique maintenait généralement séparés.

2015 : La Nuit Trésor original, le philtre d'amour en diamant noir

« La Nuit Trésor » original proposait une composition radicalement différente de son prédécesseur « Trésor » (1990), ce floral aldéhydé sophistiqué qui sentait l'élégance bourgeoise et les bouquets de mariée. Exit la retenue classique, bienvenue à l'exubérance gourmande : rose noire, orchidée vanille de Tahiti, litchi praline, encens, papyrus, patchouli. La pyramide multipliait les ingrédients exotiques et précieux, créant un sillage capiteux qui divisait fortement – certains y trouvaient une sensualité irrésistible tandis que d'autres dénonçaient une lourdeur caramélisée écœurante.

Le flacon en forme de diamant noir facetté, paré d'une rose en satin noir et d'un nœud, affichait sans complexe son luxe ostentatoire. Penélope Cruz, égérie de la campagne photographiée par Mert Alas et Marcus Piggott, incarnait cette féminité passionnée et dramatique que visait le parfum. Le succès commercial fut immédiat malgré (ou grâce à) la polarisation des avis : « La Nuit Trésor » s'imposait comme le parfum des femmes qui n'avaient pas peur d'en faire trop, qui assumaient une séduction frontale plutôt que suggestive.

La multiplication des flankers fruités : de la groseille à la cerise

Forte de ce succès, Lancôme allait décliner « La Nuit Trésor » en multiples versions explorant systématiquement les fruits rouges. « À La Folie » (2017) introduisait la groseille rouge dans un registre acidulé-fruité. « Caresse » (2018) mariait framboise et litchi pour une douceur veloutée. « Intense » introduisait la cerise noire dans une version plus capitule. « Le Parfum » (2024), déclinaison la plus concentrée de la gamme, travaillait le cassis avec du cacao amer, créant une sophistication plus adulte et moins ouvertement gourmande.

Cette obsession pour les fruits rouges n'est évidemment pas anodine. Dans l'imaginaire collectif et la symbolique universelle, les fruits rouges portent une charge érotique particulière : la forme pulpeuse de la fraise évoque les lèvres charnues et le baiser, la cerise symbolise traditionnellement la virginité perdue (pensons à l'expression « perdre sa cerise »), la framboise et la groseille suggèrent une acidité qui réveille les sens. Ces fruits possèdent également une qualité visuelle immédiatement identifiable – leur couleur rouge vif capte l'attention, crée un contraste saisissant avec le noir du flacon, annonce visuellement la gourmandise du jus.

Rouge Drama 2026 : la fraise comme climax de la série fruitée

Avec « Rouge Drama », Lancôme boucle en quelque sorte le cycle des fruits rouges en choisissant la fraise – peut-être le plus emblématique et le plus universellement aimé de tous ces fruits. Mais contrairement aux versions précédentes qui utilisaient des accords fruités reconstruit synthétiquement, « Rouge Drama » mise sur un extrait naturel de fraise, rejoignant ainsi la démarche d'authenticité inaugurée par « Idôle Peach N' Roses » avec son Peach Orpur™. Cette naturalité revendiquée témoigne d'une évolution plus large de la parfumerie contemporaine qui cherche à échapper aux accusations de « chimique » ou d'« artificiel » en mettant en avant ses ingrédients naturels – même si, ironiquement, la composition globale reste majoritairement synthétique. Pour [découvrir tous les avis sur La Nuit Trésor Rouge Drama](https://avis-parfums.fr/avis-la-nuit-tresor-rouge-drama-lancome/), cette fraise naturelle constitue l'argument différenciant qui justifie le positionnement prix premium et qui distingue « Rouge Drama » de la masse des parfums fraise-rose qui saturent le marché.

Anatomie d'un bouquet rubis : dissection olfactive acte par acte

La composition de « La Nuit Trésor Rouge Drama » s'articule autour de trois temps distincts qui progressent du fruit acidulé vers le cœur floral opulent pour finalement s'ancrer dans une base boisée-vanillée. Cette structure tripartite classique est ici travaillée avec une attention particulière aux transitions et aux superpositions, créant moins une succession linéaire de notes qu'une sédimentation progressive où chaque nouvelle couche vient enrichir les précédentes sans les effacer complètement.

Acte I : L'acidité jubilatoire de la fraise citronnée

« Rouge Drama » s'ouvre sur une explosion de fraise naturelle qui possède cette qualité acidulée-juteuse des fraises parfaitement mûres cueillies au jardin. Cet extrait naturel se distingue radicalement des reconstructions synthétiques (souvent basées sur des molécules comme la furaneol ou l'anthranilate de méthyle) qui tendent à produire une fraise trop sucrée, unidimensionnelle, qui sent plus le bonbon ou la confiture industrielle que le fruit frais. Ici, la fraise conserve toutes ses nuances : l'acidité verte de la fraise pas tout à fait mûre, la jutosité aqueuse de la chair, ce parfum presque floral qui monte du fruit écrasé, et même une facette légèrement vineuse qui rappelle les fraises macérées dans le sucre.

Cette fraise naturelle est immédiatement accompagnée d'agrumes – zeste de citron et bergamote – qui amplifient sa vivacité tout en créant une fraîcheur hespéridée essentielle. Sans ces agrumes, la fraise risquerait de paraître trop lourde, trop confiturée dès l'ouverture. Le citron apporte son acidité citronnée caractéristique, cette note presque métallique qui fait saliver et réveille les papilles olfactives. La bergamote, agrume plus sophistiqué et complexe que le simple citron, ajoute ses facettes florales-amères qui préfigurent déjà le bouquet de roses à venir. Cette ouverture fruitée-acidulée dure relativement peu – quinze à vingt minutes maximum – créant un prologue pétillant qui capte l'attention avant que le véritable drame floral ne commence.

Acte II - Scène 1 : Le quatuor de roses, une pluralité orchestrée

C'est au cœur que « Rouge Drama » révèle sa véritable richesse et sa complexité. Contrairement aux parfums qui se contentent d'un seul type de rose (généralement la rose de Damas ou la rose de Mai), Lancôme compose ici un véritable bouquet polyphonique en mariant rose rouge et rose de Damas. Cette dualité n'est pas qu'un artifice marketing : les deux roses possèdent des profils olfactifs sensiblement différents qui, superposés, créent une profondeur et une texture impossibles à obtenir avec une seule variété.

La rose de Damas (Rosa damascena), cultivée principalement en Bulgarie et en Turquie, constitue depuis des siècles le standard de référence en parfumerie. Son absolue – obtenue par extraction à partir de l'essence de rose concrète – possède un parfum intense, riche, presque capiteux, avec des facettes miellées et légèrement épicées. C'est la rose des grands parfums classiques, celle qui sent « riche » et précieuse, celle dont il faut des milliers de pétales pour produire quelques grammes d'absolue. Dans « Rouge Drama », cette rose damascena apporte la profondeur, le corps, cette qualité veloutée qui enveloppe le jus d'une sensualité presque tactile.

La « rose rouge » mentionnée séparément dans la pyramide désigne probablement un accord créé spécifiquement pour évoquer la couleur autant que le parfum – une rose idéalisée qui sent le rouge vermillon, le rubis profond, le velours cramoisi des Salles du Louvre. Cette rose rouge possède vraisemblablement une facette plus fruitée, plus framboisée (les molécules « rose cétones » qui donnent leur parfum caractéristique aux roses contiennent des notes qui rappellent naturellement la framboise), créant un pont olfactif entre la fraise de l'ouverture et la rose damascena plus classique.

Acte II - Scène 2 : La violette poudrée et l'ylang-ylang crémeux

Mais le cœur floral ne se limite pas aux roses : violette et ylang-ylang viennent enrichir le bouquet de facettes complémentaires. La violette apporte cette qualité poudrée-sucrée si caractéristique, cette texture presque veloutée qui évoque le pétale de pensée ou la pastille à la violette de nos grand-mères. En parfumerie, la violette (généralement recréée via des ionones synthétiques plutôt qu'extraite de la fleur qui donne un rendement dérisoire) possède également une dimension légèrement verte, presque concombre, qui rafraîchit l'opulence des roses et empêche le cœur de verser dans la lourdeur florale écœurante.

L'ylang-ylang (Cananga odorata), fleur des Comores distillée pour produire l'une des essences les plus sensuelles de la palette du parfumeur, ajoute sa crémosité tropicale caractéristique. Cette fleur possède un parfum extraordinairement riche et complexe qui évoque simultanément la banane mûre, la noix de coco, le jasmin et un fond légèrement médicinal-balsamique. Dans les grandes concentrations, l'ylang-ylang peut devenir entêtant, presque narcotique – c'est d'ailleurs l'une des fleurs favorites de la parfumerie orientale sensuelle. Ici, dosé avec justesse, il apporte une onctuosité exotique qui enrichit les roses sans les dominer, créant cette impression de bouquet opulent aux multiples facettes qui se révèlent progressivement sur la peau.

Acte III : La fondation boisée-vanillée, ancrage dans la sensualité

Le fond de « La Nuit Trésor Rouge Drama » abandonne progressivement la fraîcheur fruitée-florale de l'ouverture et du cœur pour s'installer dans un registre résolument plus chaleureux, plus profond, plus animal. Trois piliers soutiennent cette architecture de fond : le « bois de velours », le patchouli et la vanille. Cette trilogie crée un socle réconfortant et sensuel qui transforme complètement le caractère du parfum : on passe de la frivolité fruitée à une gravité presque charnelle.

Le « bois de velours » – appellation poétique qui désigne probablement un accord boisé synthétique plutôt qu'une essence naturelle spécifique – évoque ces qualités à la fois douces et structurées du bois travaillé, poli, caressé. On pense au bois de santal dans sa version crémeuse-lactée, ou peut-être à certains muscs boisés modernes (comme l'Ambrofix ou le Cashmeran) qui créent cette impression de douceur veloutée. Ce bois ne sent pas la sciure ni la forêt humide : il évoque plutôt le meuble ancien patiné par le temps, le coffret à bijoux en bois précieux, ces objets domestiques chargés d'intimité et de sensualité discrète.

Le patchouli (Pogostemon cablin), huile essentielle obtenue par distillation des feuilles séchées de cette plante originaire d'Asie du Sud-Est, apporte sa profondeur terreuse caractéristique. Le patchouli possède un parfum extraordinairement tenace – c'est l'un des ingrédients les plus persistants de toute la palette du parfumeur – qui sent simultanément le sous-bois humide, le cuir vieilli, le chocolat noir, et possède même des facettes presque vineuses. Longtemps associé aux parfums orientaux et aux fragrances hippies des années 70, le patchouli a connu un regain de faveur ces dernières décennies dans la parfumerie féminine moderne qui apprécie sa capacité à ajouter de la gravité et de la profondeur à des compositions qui risqueraient sinon de rester trop légères ou trop sucrées.

La vanille, dernier pilier de ce fond gourmand, enveloppe l'ensemble d'une douceur crémeuse qui adoucit les aspérités potentiellement rugueuses du patchouli. Mais cette vanille ne sent pas le gâteau ni la crème pâtissière : travaillée en association avec le patchouli et les bois, elle développe plutôt une facette cuir-vanillé, presque animale, qui rappelle davantage le cuir de Russie parfumé au bouleau que la gousse de vanille mexicaine. Cette vanille possède ce que les parfumeurs appellent parfois une qualité « sale » ou « anisée » – non pas au sens péjoratif mais au sens d'une vanille qui conserve ses facettes les moins policées, les moins édulcorées, celles qui lui donnent du caractère et de la personnalité plutôt que de la simple douceur convenue.

Le diamant s'habille de pourpre : métamorphose visuelle d'une icône

Depuis « La Nuit Trésor » original en 2015, le flacon en forme de diamant facetté est devenu l'identité visuelle inamovible de toute la lignée. Cette silhouette géométrique audacieuse, qui rompt avec les codes arrondis et féminins de la plupart des parfums pour femmes, évoque simultanément plusieurs références culturelles : le diamant comme symbole de luxe et de préciosité, le joyau comme métaphore de l'amour précieux, la forme cristalline comme évocation de pureté minérale. Chaque nouveau flanker de la gamme a conservé cette silhouette reconnaissable tout en jouant sur les variations chromatiques et les ornementations pour créer sa propre identité visuelle.

Du noir au rouge : symbolique chromatique et langage des couleurs

« La Nuit Trésor » original arborait un noir profond, absolu, qui évoquait le diamant noir mentionné dans la narration marketing – cette gemme née de la collision de deux étoiles. Ce noir traduisait visuellement le mystère, la nuit, le secret, cette dimension obscure et presque gothique de l'amour passionnel. Les flankers successifs ont ensuite exploré différentes déclinaisons chromatiques : rose pour « Caresse », rouge cerise pour « Intense », noir rubis pour « Le Parfum »...

Avec « Rouge Drama », Lancôme pousse l'intensité chromatique à son paroxysme : le flacon se pare d'un rouge rubis profond, presque sang, qui irradie cette couleur de l'intérieur comme si le jus lui-même illuminait le verre. Ce rouge n'est ni le rouge vif et joyeux de la publicité Coca-Cola, ni le rouge orangé des couchers de soleil : c'est un rouge sombre, dense, saturé, qui évoque simultanément le velours des Salles Rouges du Louvre, le rubis monté en bague de fiançailles, le vin de Bourgogne dans le verre de cristal, le rideau de scène d'un théâtre à l'italienne.

Cette couleur rouge possède une charge symbolique écrasante dans l'inconscient collectif occidental. Rouge du sang qui circule dans les veines et fait battre le cœur – rouge de la vie organique, de la chaleur corporelle, de l'excitation physiologique. Rouge de la passion amoureuse et du désir érotique – rouge des lèvres pulpeuses, des ongles vernis, du satin des draps froissés. Rouge du pouvoir et de la royauté – rouge des tapis d'apparat, des manteaux des cardinaux, des sceaux de cire qui authentifient les documents officiels. Rouge du danger et de l'interdit – rouge des signaux d'alarme, des zones restreintes, de tout ce qu'on ne devrait pas toucher mais qu'on désire précisément parce que c'est défendu.

La rose en satin : ornement textile et métaphore tactile

Tous les flacons « La Nuit Trésor » se parent d'une rose en tissu – généralement en satin – qui couronne le diamant de verre et crée un contraste fascinant entre la dureté minérale du flacon et la douceur textile de l'ornement. Pour « Rouge Drama », cette rose textile adopte évidemment les mêmes tonalités rubis que le flacon, créant un camaïeu de rouges du plus bel effet. Mais au-delà de sa fonction décorative, cette rose en tissu remplit plusieurs rôles sémiotiques et sensoriels.

D'abord, elle crée un lien métaphorique entre le contenu et le contenant : la rose textile annonce visuellement le bouquet de roses qui constitue le cœur olfactif du parfum. Ensuite, elle introduit une dimension tactile essentielle : là où le verre lisse et froid du flacon peut sembler distant et intouchable, le satin doux de la rose invite à la caresse, au toucher, créant une expérience multisensorielle qui va au-delà de la simple vue. Enfin, cette rose textile évoque l'univers de la mode et de la haute couture – les roses en satin qu'on épingle sur les robes de soirée, les ornements textiles qui parent les créations des grands couturiers, cette dimension fashion-luxe que cultive Lancôme dans toute sa communication.

Le nœud noir : dernier vestige du diamant noir originel

Sous la rose rouge, le flacon conserve son nœud de satin noir – dernier lien visuel avec « La Nuit Trésor » original tout en noir. Ce nœud remplit plusieurs fonctions : il crée un contraste chromatique essentiel qui empêche le rouge de devenir monolithique et monotone, il évoque l'univers du cadeau précieux (le nœud qu'on dénoue avec précaution pour découvrir le présent), et il maintient une certaine élégance classique qui tempère l'exubérance du rouge rubis. Sans ce nœud noir, « Rouge Drama » pourrait basculer dans le kitsch ou le too much ; avec lui, le flacon garde une sophistication ancrée dans l'histoire de la marque.

Femmes de tous les drames : cartographie d'une clientèle passionnée

À qui s'adresse « La Nuit Trésor Rouge Drama » ? Lancôme dessine dans sa communication le portrait d'une femme qui « ose explorer les profondeurs les plus intenses de l'amour », qui est « prête à vivre l'amour dans ses plus grandes profondeurs et ses plus impressionnantes sommets », qui cherche à « transformer les moments fugaces en souvenirs inoubliables ». Cette rhétorique hyperbolique pourrait sembler creuse si elle ne résonnait pas avec une réalité sociologique : il existe bel et bien un public pour les parfums-déclarations, pour les fragrances qui ne murmurent pas mais proclament, pour les jus qui transforment le simple geste de se parfumer en acte théâtral.

L'amatrice de gourmandes sensuelles : entre douceur et intensité

Le premier profil de consommatrice visé par « Rouge Drama » est évidemment l'amatrice de parfums gourmands-fruités qui n'a pas peur de la projection ni de la persistance. Cette femme collectionne probablement déjà plusieurs parfums de la famille « La Nuit Trésor » ou d'autres gourmandes capitules du marché – pensons à « La Vie Est Belle » (également chez Lancôme), « Black Opium » d'Yves Saint Laurent, « Good Girl » de Carolina Herrera, « Scandal » de Jean Paul Gaultier. Elle apprécie que son parfum se fasse remarquer, qu'il laisse un sillage mémorable dans son sillage, qu'il provoque des compliments et des questions de la part de son entourage.

Cette consommatrice possède généralement entre 25 et 45 ans, même si les bornes peuvent bien sûr être plus larges. Elle n'appartient pas forcément aux catégories socio-professionnelles les plus élevées – contrairement aux clientes des parfums de niche ultra-confidentiels qui coûtent 200€ les 50ml, elle cherche un luxe accessible, une sophistication à portée de bourse. « Rouge Drama » avec son positionnement prix designer premium (environ 80-100€ pour 50ml selon les points de vente) se situe dans cette zone intermédiaire : assez cher pour constituer un achat plaisir non-anodin, pas assez cher pour être réservé à une élite.

La romantique assumée : éloge du pathos émotionnel

Au-delà du simple goût pour les gourmandes, « Rouge Drama » cible également les femmes qui cultivent une forme de romantisme exacerbé que notre époque cynique et distanciée a souvent tendance à tourner en dérision. Ces femmes qui aiment encore les comédies romantiques sans ironie, qui pleurent devant « Titanic » même après l'avoir vu dix fois, qui célèbrent la Saint-Valentin avec enthousiasme plutôt que de la railler comme fête commerciale, qui croient encore aux grandes passions et aux coups de foudre. Cette sensibilité romantique n'a rien d'un manque d'intelligence ou de sophistication : c'est un choix assumé de cultiver l'émotion, de valoriser le sentiment, de refuser le désenchantement blasé que cultive une certaine modernité.

Pour ces femmes, porter « Rouge Drama » constitue presque un acte militant : affirmer qu'il est encore possible en 2026 de croire aux grands sentiments, de vivre l'amour comme une aventure absolue plutôt que comme un simple arrangement pratique, de préférer la passion tumultueuse à la tranquillité tiède. Le parfum devient alors un manifeste olfactif, une déclaration d'intention qui annonce : « Oui, je suis celle qui croit encore aux happy ends, aux baisers sous la pluie, aux déclarations d'amour enflammées – et je l'assume pleinement. »

Occasions propices et situations de port idéales

« La Nuit Trésor Rouge Drama » n'est définitivement pas un parfum passe-partout qu'on vaporise machinalement tous les matins avant d'aller au bureau. C'est un parfum d'intention, de célébration, de moments spéciaux qu'on veut marquer d'une empreinte olfactive mémorable. Les occasions idéales ? Les rendez-vous amoureux bien sûr – premier date où l'on veut faire impression, soirée anniversaire de couple, retrouvailles après une séparation, tous ces moments où l'enjeu émotionnel justifie l'intensité du parfum.

Mais aussi les soirées festives entre amis où l'on a envie de se sentir belle, désirable, remarquée – cette soirée où l'on porte la robe rouge qu'on n'ose mettre que rarement, où le maquillage est plus appuyé que d'habitude, où l'on sort ses plus beaux bijoux. « Rouge Drama » accompagne ces moments où l'on se met en scène soi-même, où l'on joue consciemment un rôle plus glamour que notre personnalité quotidienne, où l'on s'offre le luxe d'être une version amplifiée de soi-même.

Sur le plan saisonnier, « Rouge Drama » appartient résolument aux mois froids. Son intensité gourmande-boisée, sa richesse florale capitule, sa projection affirmée en font un parfum d'automne et d'hiver. On l'imagine porté en novembre quand les jours raccourcissent et que la nuit tombe tôt, en décembre lors des fêtes de fin d'année où le rouge est partout (sapins décorés, papiers cadeaux, tenues de soirée), en janvier et février quand le froid appelle les parfums-cocons qui réchauffent et réconfortent. L'été et ses chaleurs étouffantes ne constituent définitivement pas le terrain de jeu idéal pour un tel parfum – la fraise et les roses risqueraient de virer à l'écœurant, le patchouli et la vanille deviendraient oppressants.

La performance en termes de sillage et de tenue se situe logiquement dans la fourchette haute de ce qu'offre la parfumerie designer contemporaine. « Rouge Drama » projette généreusement durant les trois premières heures – dans un rayon de deux à trois mètres, votre parfum sera perceptible et reconnaissable. Cette projection robuste diminue ensuite progressivement mais le parfum reste détectable à distance d'un bras pendant encore quatre à cinq heures. La tenue totale sur peau atteint facilement 10 à 12 heures, voire davantage sur vêtements où le patchouli et la vanille peuvent persister jusqu'au lendemain.

Intensité olfactive assumée, « La Nuit Trésor Rouge Drama » ne s'adresse pas aux âmes timides ni aux nez discrets. En mariant l'acidité jubilatoire de la fraise naturelle à l'opulence d'un quadruple bouquet de roses (damascena, rose rouge, violette, ylang-ylang) puis en ancrant cette exubérance florale-fruitée sur un socle boisé-vanillé d'une profondeur presque charnelle, Amandine Clerc-Marie et Honorine Blanc composent le manifeste olfactif d'une féminité qui refuse la demi-mesure. Inspiré des Salles Rouges du Louvre où le velours cramoisi magnifie les chefs-d'œuvre de la peinture, « Rouge Drama » transpose dans le registre parfumé cette théâtralité assumée, cet amour du spectacle et de l'émotion amplifiée qui fait qu'on préfère parfois l'hyperbole à la litote, la déclamation passionnée au murmure retenu. Dans un marché saturé de fragrances qui cherchent toutes à plaire sans froisser, à séduire sans déranger, à exister sans faire de vagues, « La Nuit Trésor Rouge Drama » ose le trop-plein, revendique l'excès, célèbre la démesure comme principe esthétique – et démontre que l'outrance, quand elle est portée avec conviction et soutenue par un savoir-faire technique irréprochable, peut devenir une forme de noblesse olfactive, une grandeur baroque qui n'a pas honte de ses volutes de velours rouge ni de ses pétales de roses qui débordent du cadre.

Clerc-Marie Amandine

Amandine Clerc-Marie, le parfum d'une perfectionniste dans l’âme

L’univers de la parfumerie est très cloisonné. Il s'agit d'un milieu très fermé qui ne compte dans le monde que très peu d'élus. Par ailleurs, le monde des parfums est également très masculin. Allez savoir pourquoi… Il s'agit pourtant d'un métier qui allie créativité et connaissances scientifiques ; deux qualités tout aussi féminines et masculines. Fort heureusement, de plus en plus de femmes viennent tout de même rétablir l'équilibre. Parmi ces dernières Amandine Clerc-Marie occupent une place de choix et ne cesse de multiplier les best-sellers.

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