La liqueur de prune (oui, vraiment)
Ce qui frappe d'abord en vaporisant Phantom In Red, c'est cette ouverture fruitée-alcoolisée de liqueur de prune. Pas de la prune fraîche juteuse (comme celle qu'on trouve dans Burberry London ou Givenchy Play Intense), mais vraiment une liqueur, avec ses facettes sucrées-fermentées qui évoquent l'alcool de fruits rouges. C'est un peu comme si quelqu'un avait renversé un shot de slivovitz balkanique dans votre Phantom classique.
Ça peut sembler bizarre sur le papier, et pourtant ça marche. La liqueur de prune apporte une richesse immédiate, une texture presque sirupeuse qui donne l'impression d'un parfum plus cher qu'il ne l'est. Les amateurs de parfums ambrés orientaux apprécieront cette ouverture qui sort des sentiers battus — on est loin des éternels citron-bergamote-poivre qui ouvrent 90% des masculins designer modernes.
Le safran qui accompagne cette prune boozy ajoute une dimension épicée-métallique-iodée caractéristique. C'est cette note qui fait qu'on sent immédiatement "ah, c'est un parfum orientalisé", même si techniquement In Red reste classé ambré-aromatique. Le safran ici n'est pas subtil — c'est franc, presque agressif les premières minutes, puis il se calme progressivement pour laisser respirer le reste.
Lavande signature (mais pas que)
Tous les Phantom contiennent de la lavande — c'est la signature olfactive de la ligne depuis le premier en 2021. In Red ne déroge pas à la règle, mais la lavande ici est traitée très différemment. Au lieu d'être propre-fraîche-fougère comme dans l'original, elle est noyée dans un contexte épicé-résineux qui la rend presque méconnaissable. C'est une lavande sombre, presque fumée, qui rappelle plus Dior Homme Intense ou Prada L'Homme que le Phantom classique.
La sauge et la fleur d'oranger au cœur créent un pont aromatique-floral entre l'ouverture épicée et le fond boisé-ambré. La sauge apporte une facette herbacée-camphrée légèrement médicinale (dans le bon sens), tandis que la fleur d'oranger injecte une touche florale-crémeuse empêchant l'ensemble de devenir trop masculin-austère. C'est finalement assez intelligent : on garde l'accessibilité Phantom tout en complexifiant sérieusement la formule.
Plusieurs testeurs mentionnent que In Red leur rappelle un mix entre Phantom original et Prada Paradoxe/Paradigme. Je vois ce qu'ils veulent dire — il y a effectivement cette texture veloutée-ambrée qu'on retrouve dans les Prada récents, cette impression de matières premières légèrement au-dessus du standard designer habituel. Pas du niche haut de gamme, mais clairement un cran au-dessus du Sauvage/Invictus moyen.
Benzoïne-oud-tabac : le trio qui change tout
C'est au fond que Phantom In Red se distingue vraiment. Le benzoïne domine largement — cette résine balsamique sucrée-vanillée-fumée qui sent le caramel-encens-ambre simultanément. C'est chaleureux, enveloppant, légèrement poudreux, et ça donne à In Red une profondeur que les autres Phantom n'ont jamais atteinte. Le benzoïne, c'est cette note qui fait qu'on sent le parfum encore sur son écharpe trois jours après, qui colle agréablement à la peau, qui crée cette addiction olfactive dont parlent les testeurs.
L'oud mentionné dans la pyramide est évidemment synthétique (oud véritable = 50 000€/kg minimum, impossible dans un parfum designer 80-100€). Mais l'accord oud ici est plutôt bien fait : note boisée-fumée-animale légère qui ajoute du caractère sans virer dans le trop-intense-repoussant. C'est un oud domestiqué, propre, "présentable en société". Exactement ce qu'il faut pour un public designer qui veut sentir sophistiqué sans effrayer ses collègues.
Le tabac en fond est discret mais efficace. Ce n'est pas un tabac franc comme dans Tobacco Vanille Tom Ford ou L'Instant de Guerlain Pour Homme, plutôt une facette légèrement fumée-sèche qui vient renforcer le benzoïne-oud. L'effet cumulatif ? Une base ambré-boisée-fumée-résineux vraiment réussie, qui sent nettement plus cher que ce que Rabanne fait d'habitude.
Performance et occasions : enfin un Phantom pour l'hiver
Là où Phantom original et ses flankers successifs (Intense, Parfum, Elixir) étaient tous relativement polyvalents printemps-été-automne, In Red est clairement un parfum froid. Automne-hiver obligatoire. La richesse de la formule — liqueur de prune + safran + benzoïne + oud + tabac — crée une densité qui serait étouffante par 25°C mais parfaite par 5-15°C.
Performance : très correcte. On parle de 6-8h de tenue avec une projection modérée-forte les deux premières heures, puis plus intime-peau ensuite. Ce n'est pas un beast mode qui remplit une pièce, mais c'est largement suffisant pour une soirée. Plusieurs testeurs rapportent 12h+, mais j'ai l'impression que ça dépend beaucoup de la chimie cutanée — certaines peaux accrochent mieux les notes ambrées-balsamiques.
Occasions : soirées, dates, clubs
In Red cible clairement les 20-35 ans pour les occasions décontractées-nocturnes. Ce n'est pas un parfum de bureau (trop sucré-épicé-dense), ni vraiment un parfum formel-élégant (trop jeune-clubbing dans l'esprit). C'est un parfum de bar, de restaurant casual, de date Tinder, de soirée entre potes. L'énergie est résolument jeune-branchée-urbaine, pas sophistiquée-mature-classique.
Les testeurs s'accordent sur le fait que c'est "clearly aimed at a younger audience" et "best for extremely casual occasions: nights out at clubs, bars, or any place with music and dancing". C'est juste. In Red n'essaie même pas d'être polyvalent ou passe-partout — il assume complètement son positionnement lifestyle-nocturne pour jeunes adultes qui sortent.
Est-ce que ça en fait un "money grabber" comme dit un testeur ? Probablement, oui. Toute édition limitée Saint-Valentin l'est par définition. Mais si le parfum est bon et que les gens l'aiment, est-ce vraiment un problème ? In Red fait exactement ce qu'il promet : sentir bon, durer correctement, générer des compliments. Mission accomplie.
Le flacon (encore ce robot)
Visuellement, Phantom In Red reprend le robot iconique mais en version argenté avec visor et poitrine rouges. C'est plus discret que Fame In Love tout rouge, mais ça reste... un robot. Vous aimez ou vous détestez, il n'y a pas de demi-mesure. Personnellement, je trouve ça kitsch mais assumé. C'est photogénique, ça se remarque sur une étagère, c'est "instagrammable" (objectif atteint pour Rabanne).
Plusieurs commentateurs notent que les flacons rouges sont "actually the best yet" et "look more sophisticated than the gold ones". C'est vrai que le rouge fonctionne mieux que l'or bling-bling des Million ou le bleu électrique des Invictus. Le rouge donne une touche élégance-luxe-passion qui convient bien au positionnement "édition Saint-Valentin".
Formats disponibles : 50ml, 100ml, 150ml en Parfum Intense. Prix estimé : 80-120€ selon format et retailer. C'est dans les standards Rabanne, ni donné ni exorbitant. Le rapport qualité-prix est honnête — la formule est clairement au-dessus du Phantom moyen, donc le prix premium se justifie.
In Red vs les autres Phantom : enfin de la différenciation
Si vous connaissez la ligne Phantom depuis 2021, vous savez que tous les flankers se ressemblent énormément. Phantom original, Phantom Parfum 2023, Phantom Intense 2024, Phantom Elixir 2025 — tous jouent sur lavande-vanille-fougère sucrée avec des variations mineures. C'est lassant. In Red rompt enfin avec cette monotonie en proposant vraiment quelque chose de différent.
Comparé au Phantom original : In Red est nettement plus dense, plus oriental, plus épicé-ambré. Si l'original est frais-accessible-passe-partout, In Red est riche-chaleureux-soirée. Comparé au Phantom Parfum 2023 : In Red garde la sophistication du Parfum mais remplace la vanille-baume de Tolu par benzoïne-oud-tabac plus fumés-adultes. Comparé au Phantom Intense 2024 : In Red est moins sucré-gourmand, plus sec-boisé-résineux.
Les alternatives si vous hésitez
Si le concept lavande-safran-benzoïne-oud vous plaît mais que vous voulez comparer : Dior Homme Intense joue aussi la carte lavande-iris-ambre mais en beaucoup plus poudré-cosmétique (et plus cher, 120€+). Prada Luna Rossa Sport a été mentionné par des testeurs pour les vibes fruités-rouges similaires. Valentino Uomo Intense explore également lavande-iris-vanille-tonka mais différemment structuré.
Budget limité : YSL La Nuit de l'Homme (60-80€) offre cardamome-lavande-cèdre-vanille dans un esprit proche mais plus léger-frais. Budget confort : Tom Ford Ombré Leather (180€) si vous voulez oud-cuir-ambre-épices vraiment haut de gamme. Mais honnêtement ? In Red à 80-100€ tient très bien la comparaison avec ces références, ce qui en dit long sur sa qualité relative.
Le verdict sans langue de bois
Phantom In Red est une bonne surprise. Vraiment. Après des années de flankers Phantom quasi-identiques, Rabanne propose enfin une variation substantielle qui apporte quelque chose de nouveau. La liqueur de prune est inattendue et fonctionne, le safran donne du caractère, le benzoïne-oud-tabac crée une base riche qui élève l'ensemble clairement au-dessus du standard designer habituel.
Est-ce révolutionnaire ? Non. C'est un flanker édition limitée Saint-Valentin qui sera probablement de retour l'an prochain sous un autre nom. Mais c'est un BON flanker, qui sent nettement plus cher qu'il ne coûte, qui se porte bien, qui dure correctement, et qui justifie son existence en étant réellement différent des autres Phantom.
Pour qui ? Les 20-35 ans qui sortent en soirée, qui aiment les parfums épicés-ambrés-orientaux accessibles, qui veulent quelque chose de plus sophistiqué que Sauvage/Invictus sans payer Tom Ford/Dior Privé. Si ça vous correspond, In Red mérite le détour. Si vous cherchez un parfum formel-bureau ou un frais-été-versatile, passez votre chemin.
Le meilleur Phantom à ce jour ? Probablement, oui. Au minimum dans le top 2 avec le Parfum 2023. Une édition limitée qui mérite d'exister, ce qui est malheureusement assez rare pour être souligné. Rabanne a bien fait son boulot cette fois.