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Chrome, Azzaro

Azzaro lance Chrome en 1996 sur un argument de transmission entre un père et son fils. Gérard Haury en signe la formule, un hespéridé frais posé sur un fond boisé et musqué qui a fait le tour du monde. Les listes de notes qui circulent sous ce nom se contredisent toutes ; une partie d’entre elles décrit en réalité une déclinaison de 2015 : sept matières seulement résistent au recoupement de deux sources indépendantes.

Chrome compte parmi les masculins les plus vendus de la planète et parmi les plus mal documentés. Trois listes de notes circulent sous son nom, incompatibles entre elles, et l’une d’elles décrit un autre parfum que celui du flacon bleu de 1996.

Le désordre n’est pas anecdotique : il décide de ce qu’un acheteur croit sentir. Seules les matières attestées par deux origines indépendantes ont été retenues, et les écartées sont nommées avec le motif de leur retrait.

Trois listes de notes, et l’une appartient à un autre parfum

La plus répandue vient des bases encyclopédiques grand public : citron, romarin, bergamote, néroli et ananas à l’ouverture, jasmin, mousse de chêne, cyclamen et coriandre au milieu, musc, cèdre, santal, cardamome, palissandre et fève tonka en fond.

La deuxième circule sur les pages marchandes françaises et allemandes : bergamote, pamplemousse, gingembre et hédione, une ozone, un jasmin d’eau et un lichen, des bois précieux, du maté, de l’ambre et du musc. Elle a l’air précise.

Elle décrit Azzaro Chrome Intense, sorti à l’été 2015, telle que Fragrantica l’a publiée à son lancement. Recopiée de marchand en marchand, elle s’est posée sur l’eau de toilette de 1996, à laquelle elle n’a jamais appartenu.

La troisième, plus ancienne, avance lavande, dihydromyrcénol, violette, note verte, thé et evernyl. Aucune source publique ne la reprend et aucune ne l’appuie. Elle porte pourtant la réputation de Chrome comme parfum de la molécule de fraîcheur.

Les sept matières que deux sources indépendantes soutiennent

Bergamote et citron ouvrent le flacon. La marque met la bergamote en avant dans sa présentation actuelle, les bases encyclopédiques la donnent également, et la liste réglementaire porte du limonène et du citral, deux marqueurs d’agrumes pressés.

La mousse de chêne tient le milieu. Les bases la placent en milieu comme en fond ; la liste réglementaire nomme l’extrait d’Evernia prunastri, ce qui règle la question de sa présence sans trancher celle de son étage.

Muscs blancs, cèdre, maté et fève tonka forment le fond. La marque nomme le musc transparent et les feuilles de maté parmi les trois matières qu’elle met en avant, et la coumarine déclarée accompagne la fève tonka.

Sept matières là où dix figuraient. Le cœur se réduit à une seule et ce vide se voit. Il vaut mieux qu’une pyramide pleine dont la moitié vient d’un flanker de 2015 ou d’une liste que personne ne contresigne.

Une fraîcheur que Chrome n’a pas inventée

Le dihydromyrcénol est un produit d’International Flavors & Fragrances, mis au point vers 1970. Son odeur de linge propre lui a valu une carrière dans les lessives, que la parfumerie masculine a interrompue.

Maurice Roucel en date l’entrée en parfumerie masculine des années soixante-dix, avec Azzaro pour Homme. Drakkar Noir en aurait porté dix pour cent en 1982, et Cool Water le double en 1988, signé Pierre Bourdon.

La toute première utilisation ne fait pas accord : certaines sources remontent à Paco Rabanne Pour Homme en 1973, d’autres font de Cool Water le commencement. Le désaccord se dit plutôt qu’il ne se tranche.

Chrome paraît en 1996, huit ans après Cool Water. La critique anglophone en fait un suiveur d’une vague que Calvin Klein et Davidoff avaient déjà lancée. Sa singularité tient à sa poussée florale propre, non à sa fraîcheur.

Gérard Haury, un nom pour une seule formule

La composition est créditée à Gérard Haury. Les bases professionnelles ne lui attribuent aucune autre création, et les rares mentions le rattachent à Haarmann & Reimer, maison allemande de matières premières absorbée depuis par Symrise.

Sa trace s’arrête là. Son fils, le parfumeur Raphaël Haury, né à Grasse et passé par Charabot, est mieux documenté : Chaumet Homme en 2000, et plusieurs fragrances pour la même maison Azzaro.

Chrome a donné une famille entière de déclinaisons — Legend, Sport, United, Intense, Pure, Extrême — signées par d’autres nez, dont Olivier Pescheux et Christophe Raynaud. Aucune ne reprend la formule de 1996, et de là vient la confusion.