
Oud & Bergamot ouvre en 2010 la collection Cologne Intense de Jo Malone London, quatre parfums confiés à Christine Nagel et destinés d’abord aux marchés du Golfe. La maison n’en déclare que trois notes : bergamote, cèdre, oud. Chant Wagner, elle, y sent surtout de l’ambre gris et de l’orange, et juge que Nagel a dompté l’oud jusqu’à lui ôter sa part animale.
Chant Wagner cherche l’oud et trouve de l’ambre gris : elle tient Oud & Bergamot pour un oud dompté jusqu’à l’abstraction, très élégant, et mal nommé.
L'avis d'Olfastory
La seule chronique signée trouvée sur cette fragrance est celle de Chant Wagner, publiée par The Scented Salamander le 3 décembre 2014, quatre ans après la sortie. Elle ne la commente pas, elle la conteste, et sur son nom même.
Ce qu’elle sent d’abord n’est ni l’oud ni la bergamote, mais une note de peau qui évoque l’ambre gris, et derrière elle une orange. Elle va jusqu’à vérifier l’étiquette argentée du flacon, en se demandant si la maison ne lui a pas envoyé par erreur un Ambergris & Orange à paraître. Le rapprochement qui s’impose à elle est celui d’Eau des Merveilles d’Hermès, et, plus loin, d’Elixir des Merveilles — là où le nom promettait plutôt un Shalimar réécrit en oriental.
L’oud, écrit-elle, est insaisissable. Une nuance camphrée passe, furtive ; l’ambre gris reprend la main, avec des nuances de marché aux poissons où sèchent des denrées poudreuses sous les filets. Elle finit par le trouver, au prix d’un procédé de dégustation qu’elle garde pour elle, et alors seulement l’accord annoncé se tient : un oud discret, inflexions d’orange, avant que l’ambre gris ne l’emporte de nouveau.
Son jugement porte sur la méthode plus que sur le résultat. Nagel a dit aimer dompter ses matières ; ici, dit Wagner, elle a trop dompté, et l’oud y a perdu sa nature animale — un papillon épinglé garde sa beauté mais n’est plus vivant. Le verdict reste pourtant favorable, et c’est ce qui rend la chronique intéressante : l’objet sent très bien, il est d’une élégance nonchalante et parisienne, et il tient le pari d’un oud abstrait qui ne doit rien aux modes. Elle finit sur une image — une mousse d’oud, quand d’autres servent un pudding. Qui veut la fumée brute devra chercher ailleurs.