MYSLF Eau de Toilette Intense
Quatrième volet de MYSLF en quatre ans, cette eau de toilette baptisée Intense inverse la logique de la ligne : elle redescend d'un cran en concentration tout en promettant davantage de tenue. Daniela Andrier, seule cette fois, remonte l'accord boisé de l'eau de parfum au cœur et glisse un plancher de muscs blancs dessous. Le flacon se met à nu pour la première fois, transparent sur un jus gris. Un exercice de soustraction, plus habile que spectaculaire.
- Marque
- Yves Saint Laurent
- Année de sortie
- 2026
- Parfumeur
- Genre
- Homme
- Famille olfactive
- Boisée
Une eau de toilette baptisée Intense : la formule tient de l'oxymore. Dans l'usage courant, l'eau de toilette est le degré le plus léger d'une gamme, et l'adjectif promet exactement le contraire. Yves Saint Laurent assume le télescopage et déplace l'argument ailleurs : l'intensité ne se joue plus sur la charge en matières premières, mais sur la durée et sur la diffusion. La maison annonce huit heures de tenue et un vaporisateur redessiné dont la pulvérisation dure trois fois plus longtemps. L'intensité devient une affaire de mécanique autant que de parfumerie.
MYSLF avance depuis 2023 au rythme d'un flanker par an. L'eau de parfum inaugurale, puis Le Parfum en 2024, puis L'Absolu en 2025, et cette eau de toilette Intense en 2026. Les trois premières étapes procédaient toutes par addition : Le Parfum greffait le poivre noir et la vanille bourbon sur la signature, L'Absolu poussait la fleur d'oranger dans une version que Daniela Andrier décrit elle-même comme un format XXL, tordue par le gingembre. La quatrième inverse le mouvement. Elle retranche, redescend d'un cran, et revendique pourtant davantage.
Le flacon dit exactement ce que fait la formule. Le monolithe est né noir laqué, s'est fait noir mat pour Le Parfum, puis miroir métallique argenté pour L'Absolu : trois surfaces de plus en plus fermées. Pour l'Intense, il est déshabillé pour la première fois. Le verre devient transparent, ne porte plus que la cassandre noire logée en son cœur, et laisse voir une teinte grise profonde. Après trois années passées à s'opacifier, la ligne se met à nu au moment précis où elle prétend gagner en force.
Trois parfumeurs signaient l'eau de parfum de 2023 : Christophe Raynaud, Antoine Maisondieu et Daniela Andrier. L'Intense revient à cette dernière seule. Andrier raconte une fragrance née d'un rêve, la fleur d'oranger qu'aurait pu porter Yves Saint Laurent à Tanger. On la connaît pour avoir bâti une œuvre entière autour de cette fleur, et sa manière éclaire le parti pris mieux qu'aucun argumentaire. Le resserrement du trio sur un seul nez ne surprend pas quand l'exercice consiste à retirer plutôt qu'à empiler.
Le geste technique se lit dans la redistribution des étages. L'eau de parfum de 2023 posait son accord de bois, patchouli indonésien et Ambrofix, tout en bas, sous une fleur d'oranger tunisienne et une tête de bergamote calabraise. L'Intense remonte ce fond d'un cran : les bois passent au cœur, aux côtés de la fleur, tandis qu'un plancher de muscs blancs vient se glisser dessous. Les matières ne changent guère, leur ordre si. Voilà, très concrètement, ce que recouvre la promesse de seconde peau.
MYSLF fut présenté comme le premier boisé fleuri masculin de la maison, installé d'emblée à distance des masculinités appuyées qui dominaient alors le rayon. L'Intense pousse ce placement à son terme : la déclinaison la plus claire, la plus lisse, la moins démonstrative de toute la ligne. Selon l'humeur, on y verra l'aboutissement patient d'une idée ou l'essoufflement d'un filon rentable. Aucune des deux positions ne disqualifie l'autre, et la gamme compte assez de volets pour que la question se pose sans mauvaise foi.
Pyramide olfactive
- Notes de têteLes premières minutes
- Notes de cœurLe cœur du parfum
- Notes de fondCe qui reste
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