
Cerruti attend douze ans après son premier masculin pour confier une seconde fougère à Martin Gras, en 1990. Le nom de 1881 Homme vient de l’année où la famille rachète une fabrique de tissus à Biella. La bergamote et le bourgeon de cassis ouvrent, le cyclamen et le géranium fleurissent le milieu, l’évernyl et les muscs blancs closent. Serge Mansau a dessiné le flacon de verre givré.
Martin Gras compose 1881 Homme pour une maison qui n’avait qu’un seul parfum masculin à son actif. La commande tient en deux exigences contraires : les codes anciens de la parfumerie d’homme, et la modernité que le couturier imposait déjà à ses tissus.
Une ouverture hespéridée coupée de cassis
L’ouverture est hespéridée et verte : bergamote, citron, galbanum. Le bourgeon de cassis y ajoute une acidité sulfurée, presque fruitée, qui n’appartenait pas au vestiaire masculin de l’époque et que la lavande et le basilic tempèrent aussitôt.
Ce cassis est la signature reconnaissable du parfum, celle que les descriptions de comptoir citent avant toute autre. Il donne cette fraîcheur mordante que trente-cinq ans de diffusion continue n’ont pas réussi à user.
Un milieu fleuri tenu par le poivre
Le cœur est franchement floral : cyclamen et géranium, deux matières que la parfumerie masculine des années quatre-vingt employait avec prudence. Le genièvre y apporte une amertume résineuse, et le poivre noir empêche l’ensemble de basculer vers la douceur.
C’est là que se joue le pari du parfum. Un bouquet de ce genre appartenait alors aux féminins ; il tient ici parce que rien, autour, ne l’adoucit : ni fruit sucré, ni vanille, ni note lactée.
Un fond où l’évernyl fait le chypre
Le fond réunit patchouli, cèdre et vétiver sur un lit de muscs blancs. L’évernyl, molécule de synthèse à l’odeur de mousse de chêne, y occupe la première place et tire la fin vers un accord nettement chypré.
La coumarine complète la lecture fougère. Elle figure d’ailleurs sur la liste d’ingrédients imprimée au dos de l’étui, aux côtés du limonène, du linalol, du géraniol, de l’hydroxycitronellal et de l’eugénol.
Cet eugénol ne prouve pas la présence d’un œillet, comme on le lit parfois. Le basilic en porte naturellement, l’ylang-ylang aussi, et la molécule sert de marqueur d’allergène, jamais de preuve qu’une fleur précise entre dans la formule.
Trois notes dont la place se discute
Trois matières changent d’étage d’une liste à l’autre : la lavande et le basilic, donnés tantôt en tête, tantôt dans le corps, et le genièvre, qui voyage en sens inverse. Leur présence, elle, ne fait aucun doute.