
L’inventaire retenu pour l’eau de toilette de 1998 tient en dix noms. Le fruit ouvre avant l’agrume, les épices tiennent le milieu, et le fond réunit trois bois qu’une vanille adoucit. L’ensemble se lit vite : c’est une construction lisible, pas une énigme à déchiffrer.
Annick Ménardo, de la biochimie au flacon
La parfumeuse a d’abord étudié la médecine, la chimie et la biochimie avant de passer par l’ISIPCA. Elle a été formée par Michel Almairac chez Créations Aromatiques, dont son travail des débuts porte l’empreinte, et travaille pour Firmenich depuis 1991.
La même année 1998, elle signe Hypnotic Poison pour Dior. Deux parfums que rien ne rapproche au rayon — un masculin de bureau, un féminin d’amande et de vanille — sortent ainsi de la même main en l’espace de douze mois.
Son catalogue tient mal dans une case : Lolita Lempicka Au Masculin, Body Kouros chez Yves Saint Laurent, Black chez Bulgari, Bois d’Argent chez Dior, Gaiac 10 et Patchouli 24 chez Le Labo, Bois d’Arménie chez Guerlain.
Une seconde signature, Christian Dussoulier, apparaît dans une famille entière de relevés en ligne. Ni la marque ni la notice encyclopédique consacrée à la parfumeuse ne le mentionnent. La contradiction se signale ici plutôt qu’elle ne se tranche.
Le géranium, en cœur plutôt qu’en tête
Son emplacement varie selon les inventaires. Le dossier de presse de la maison le place en cœur, avec la cannelle et le girofle ; une base communautaire très recopiée le range en tête. Un compte rendu britannique indépendant le ramène en cœur.
Ce qu’il fait, en revanche, ne varie pas. Sa facette verte et rosée empêche le trio fruité de tourner à la confiserie, et donne au milieu du parfum la fleur discrète qui l’éloigne du boisé sec.
La cannelle occupe le reste. Elle chauffe sans brûler, à une dose qui la rend reconnaissable sans la rendre envahissante : c’est elle, avec la pomme, que retiennent la plupart de ceux qui le décrivent de mémoire.
Une épice que les inventaires nomment de deux façons
Au même emplacement, les relevés anglophones écrivent tantôt carnation, tantôt clove — l’œillet ou le clou de girofle. La marque, elle, écrit clou de girofle. L’eugénol se retrouve dans l’une comme dans l’autre, ce qui explique la confusion sans vraiment l’excuser.
Le girofle est retenu, l’œillet écarté. La différence n’est pas cosmétique : l’un est une fleur épicée, l’autre une épice franche, et le milieu du parfum ne se raconte pas de la même façon selon celle qu’on y place.
Le fond réunit le santal, le cèdre et le vétiver. Les trois bois se répondent : le santal apporte le lait et la douceur, le cèdre la sécheresse du crayon, le vétiver une terre légèrement fumée qui empêche l’ensemble de s’endormir.
La vanille ferme la marche. Elle n’est pas là pour sucrer mais pour lier : la maison la décrit comme un écrin qui met les autres matières en valeur, et c’est ainsi qu’elle agit, en arrondissant les bois sans les couvrir.
Ce que les listes ajoutent sans rien pour l’appuyer
Cinq matières reviennent partout en ligne : mousse de chêne, acajou, œillet, olivier, bergamote. Elles proviennent d’un seul inventaire, recopié de site en site sans que rien n’y bouge, ce qui multiplie les pages sans multiplier ce qui les fonde.
La cardamome est bien attestée, mais ailleurs. Elle appartient à l’eau de parfum sortie en 2020, où elle voisine le poivre noir et la châtaigne. La faire remonter jusqu’à l’eau de toilette revient à mélanger deux formules distinctes.
La lavande vient d’un autre glissement : une édition limitée plus récente en fait son argument principal. Baies roses, dihydromyrcénol, noix de muscade et coumarine, elles, ne s’appuient sur rien de vérifiable et sortent de l’inventaire.
Restent dix noms, ce qui est peu pour un parfum de cette notoriété et beaucoup pour ce qu’on peut établir. Une liste courte et sûre vaut mieux qu’une liste longue dont la moitié se contredit d’une page à l’autre.