Aller au contenu
L'Air du Temps, Nina Ricci
Nina Ricci

Avis

L'Air du Temps

Les connaisseurs s’accordent sur la structure et se divisent sur la poudre, souvent parce qu’ils comparent des versions différentes du jus. Ce que la réécriture de la formule a emporté, et ce qu’il en reste.

L'avis d'Olfastory

Ce que rapportent ceux qui l’ont senti avant

Les critiques ayant pu sentir un extrait ancien décrivent un bouquet blanc dense, où la rose et l’œillet épicé empêchent l’ensemble de virer au bouquet de mariée. Le fond, lui, tient sur un musc savonneux épaissi de mousse, d’ambre et de santal.

Cette assise-là, disent-ils, ne se rencontre plus guère dans la parfumerie actuelle. Elle appartient à une école où le fond portait le parfum pendant des heures, sans chercher la transparence que le marché réclame aujourd’hui.

Le contexte compte autant que le jus. Les chroniqueurs rappellent que son nom, emprunté au registre de l’esprit du temps, disait l’espoir d’une époque, et le rapprochent des autres parfums de la même vague d’après-guerre.

Le désaccord porte sur la poudre

Une partie des amateurs n’y trouve qu’un savon d’hôtel : des fleurs, des aldéhydes, une douceur qu’ils jugent démodée. Le reproche revient assez souvent pour qu’on le rapporte plutôt que de le balayer.

D’autres, qui possèdent des flacons des années quatre-vingt, décrivent tout autre chose : un floral vert tendre, avec du corps, presque chypré par la mousse de chêne, très loin de la rondeur sucrée des versions récentes.

Ce désaccord n’est pas seulement affaire de goût. Les deux camps décrivent des versions différentes du parfum, et c’est ce qui rend la plupart des avis publiés en ligne difficilement comparables entre eux.

Ce que la réécriture a emporté

Le constat qui revient chez ceux qui comparent : l’œillet épicé était plus net, l’assise verte plus mordante, et le poudré a pris toute la place. Le caractère du parfum s’en trouve déplacé, pas seulement atténué.

Deux matières expliquent l’essentiel. Le salicylate de benzyle, longtemps présent en forte proportion, figure aujourd’hui parmi les substances à déclarer ; la mousse de chêne fait elle aussi l’objet de restrictions.

Aucun communiqué n’a accompagné ces changements, et aucune date n’est publique. Ces constats restent un faisceau de témoignages concordants recueillis au fil des années, pas un fait documenté : la nuance mérite d’être posée.

Faut-il encore le sentir

Oui, mais en sachant quel millésime on a sous le nez. Juger L’Air du Temps sur un flacon de grande surface revient à juger un disque sur une réédition mal remasterisée.

Reste une qualité que personne ne conteste, y compris ses détracteurs : on le reconnaît. Peu de parfums nés il y a près de quatre-vingts ans peuvent encore se signaler en trois secondes.