
Ce que l'étiquette appelle rose ketones fait, pour l'accord de baies, plus de travail que la fraise et la framboise réunies. Ces molecules ont été isolées de l'essence de rose il y a une cinquantaine d'années, et leur puissance est telle qu'on les dose en traces : à cette échelle elles ne sentent plus la rose du tout, mais la confiture de fruits rouges, le pruneau, le tabac blond. C'est l'outil courant pour donner du volume à un fruit rouge, et c'est ce qui permet à une eau aussi légère de projeter un accord aussi net.
Le freesia, lui, appartient à ces fleurs dont on ne tire rien. Ni la distillation ni l'extraction n'en donnent quoi que ce soit d'exploitable, et ce qu'on respire sous ce nom sort entièrement du laboratoire. L'etiquette porte du salicylate de benzyle, matière qu'on emploie précisément pour poser de la fleur sans lui donner de caractère. Le choix se défend : entre un fruit très sucré et un fond amer, il faut un palier, et une fleur sans identité forte est ce qui fait la jointure sans prendre parti.
Une matière figure à l'étiquette sans figurer dans la pyramide : l'huile de patchouli. Mugler ne la mentionne nulle part pour ce jus, alors que la sœur pistache l'annonce. Sa présence n'a rien de surprenant, le patchouli étant l'ancrage classique sous un gourmand, mais elle rappelle qu'une pyramide commerciale nomme quatre matières là où une formule en compte plusieurs dizaines. Deux façons de décrire le même liquide, aucune des deux ne ment.
L'amertume ne vient d'ailleurs pas de la seule réglisse. La liste porte aussi une essence de zeste de bigarade, l'orange amère, et du bêta-caryophyllène, poivré et boisé. Le contraste est donc écrit à plusieurs endroits de la formule et non concentré sur une matière unique, ce qui explique qu'il reste lisible sous un accord de baies aussi appuyé.