
La pyramide déclarée tient en trois notes, ce qui est peu et mérite d’être dit. Lancôme, Fragrantica et Now Smell This s’accordent sur les mêmes trois matières : cerise noire, absolu de feuille de violette, oud. Aucune divergence entre les sources, ce qui est assez rare pour être noté — mais une pyramide à trois étages d’une note chacun relève autant du récit commercial que de la formule réelle, toujours plus peuplée.
La cerise ouvre et donne son nom au parfum. Les sources la qualifient de noire, et le mot compte : ce n’est pas la cerise claire et acidulée des fruités d’été, mais un fruit sombre, presque confit, du côté du noyau et de l’amande. La cerise de parfumerie repose ordinairement sur des esters et sur le benzaldéhyde, molécule qui porte à la fois l’amande amère et le fruit rouge — et la liste réglementaire du produit déclare précisément du benzaldéhyde.
La feuille de violette au cœur est le lien avec le reste de la ligne, et Lancôme le revendique : c’est la signature de L’Elixir que l’on retrouve ici. Il faut la distinguer de la fleur de violette, à laquelle elle ne ressemble pas. La feuille donne un vert humide, un peu métallique, avec une facette poudrée qui adoucit sans sucrer. Sur une cerise épaisse, son rôle est correcteur : elle empêche le fruit de tourner au sirop.
L’oud ferme la marche, et les sources parlent d’un accord d’oud plutôt que d’oud. La nuance est courante en parfumerie de grande diffusion, où le bois d’agar véritable est trop rare et trop cher pour un flacon de ce prix : ce que l’on nomme accord d’oud est une reconstitution, généralement boisée et cuirée, plus lisse et plus propre que la matière naturelle. C’est elle qui donne à Very Cherry sa longueur, et c’est elle que Lancôme désigne en parlant de sa première cerise boisée.
Un désaccord subsiste sur le fond, et il vaut mieux l’exposer que le masquer. Lancôme, sur ses propres pages, décrit un accord d’oud enrichi d’un absolu de beurre de cacao et d’une infusion de vanille de Madagascar. Aucune source indépendante ne reprend ces deux matières : les bases de référence s’en tiennent à l’oud seul. La liste réglementaire déclare bien de la vanilline, mais elle ne mentionne aucun dérivé de cacao — ce qui ne prouve rien, un absolu entrant sous la seule mention parfum. Ces deux notes ne sont donc pas retenues dans la pyramide de cette fiche.
Reste la question que tout amateur posera : faut-il celle-ci quand on a déjà L’Elixir de 2024 ? Les deux partagent la feuille de violette, que la marque revendique comme le fil commun, et se séparent sur le fruit — framboise d’un côté, cerise de l’autre — puis sur le fond, où le cuir, le cacao et le cèdre de L’Elixir cèdent la place à l’oud seul. L’écart existe et s’entend, mais il est de degré plutôt que de nature. Very Cherry est une variation, et ne prétend pas à autre chose.